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Paroisse Saint-Benoît du Guiers en Avant-Pays savoyard voir la suite

Eglise de Pont de Beauvoisin

Sainte Marie

Sainte Marie

                                               


Les Carmes


Avant 1410, date de cette supplique, en 1380 et avant de mourir, Amédée VI, dit le Comte Vert, qui regrettait d'avoir cédé ses possessions rive gauche du Guiers au Dauphiné, avait légué 1500 florins d'or pour la construction d'une chapelle à la Vierge Marie, sur la "Vieille Ville".
Mais c'est une église paroissiale que veulent les habitants du Pont de Beauvoisin.
Alors en 1418, date de sa mort, Louis de Savoie dernier prince d'Achaïe, lègue une somme de 1000 florins d'or aux religieux Carmes qu'il a appelés d' Aix-en-Provence, destinée spécialement à la construction de leur chapelle, cette somme devant être versée par le Comte Amédée VIII, son légataire.
Louis d'Achaïe connaissait le Pont, où son père Jacques d'Achaïe avait été seigneur de 1342 à 1362, à l'époque où le Comte Vert avait abandonné la rive gauche du Guiers (1355).

 

 

La construction de l'église des Carmes


La Construction de l'église fut commencée en 1418-1419, pour se terminer en 1497. Une inscription sur la porte d'entrée de l'église atteste qu'en 1497 Guillaume OISELET, qui fut curé de Saint Bégnine (St Béron), natif de Burgondie fit faire cette porte, Auquel DIEU fasse merci (sic). Pour note: Le Comté de Savoie devient Duché en 1416, c'est à dire qu'il devient un État, donc sous le règne d''Amédée VIII.
L'état des finances du Duc de Savoie Amédée VIII, chargé du versement du legs de Louis d'Achaïe, ne lui permet pas de payer cette somme en une fois. Il fit compter des annuités au prieur des Carmes par le châtelain du Pont.
Par une requête datée de Genève du 16 février 1447, adressée au Duc Louis de Savoie, le prieur Hugues Boniact faisait connaître la situation précaire du couvent.
"Sur les 1000 florins dûs, 600 seulement ont été versés." Le Duc Louis lui fit répondre que par respect pour l'église autrefois favorisée par le donateur et imiter ses ancêtres dans leurs pieuses
libéralisations..... il donnait et cédait en toute propriété aux Carmes du Pont les moulins ducaux avec leurs dépendances pour le solde des 400 florins restant dûs."


En 1452 le même Duc Louis accordait un nouveau subside de 100 florins pour "réparations nécessaires à l'église conventuelle inachevée". Malgré ces libéralités l'église et le couvent des Carmes restent inachevées en 1491.
A cette époque, Jacques de Clermont et Jeanne de Poitiers son épouse firent restaurer le couvent (peut-être avec agrandissement et achèvement) et ce, après que la ville du Pont-Savoie eut été pillée et incendiée lors d'un raid dévastateur lancé par le Dauphin Louis, futur Louis XI roi de France, en 1454.
Par testament du 7 juin 1491, les mêmes seigneurs de Clermont léguèrent aux religieux 300 florins d'or, un calice et une cloche, (ceci contesté par un historien, Guy-Allard, qui ne trouve pas trace de ce don sur le testament de Jacques de Clermont).


L'année suivante, les seigneurs de Clermont firent don au monastère d'un magnifique reliquaire, ou bras en vermeil, renfermant des reliques des DIX Mille Martyrs du Mont Arafat. Les Carmes s'engagèrent alors, eux et leurs successeurs, à perpétuité, à réciter un Salve Regina la veille des principales fêtes de la Vierge et à célébrer une messe pour lesdits seigneurs chaque année la veille de la fête des Dix Mille Martyrs.
Après leur mort, Jacques de Clermont et jeanne de Poitiers furent inhumés dans la chapelle des Dix Mille Martyrs accolée à l'église dont elle fait partie.

Le service du culte était donc assuré par les Carmes côté Savoie, dont le couvent et l'église se sont trouvés achevés en 1497.
Cette église et ce couvent subirent par la suite des destructions ou dégradations plus ou moins importantes, notemment :
        _ en 1504, un grave incendie. Une souscription fut ouverte pour leur reconstruction.
        _ en 1562-1565, brigandages et pillages par les protestants conduits parle baron des Adrets venu du Dauphiné.
Plusieurs pères carmes furent même assassinés. De nouveaux travaux de remise en état se terminèrent en 1615 suivant la date figurant sur la clef de voûte de la première travée de l'église.
Les Carmes,après leur installation, ne paraissent pas avoir dépassé une vingtaine de membres et ils étaient souvent moins nombreux (6 ou 8 d'après le chanoine BERTHIER).
Les religieux Carmes ont vécu au Pont dans une grande pauvreté. Malgré les faveurs princières et les libéralités, ils pouvaient à peine subvenir aux dépenses de leur maison et de leur église. Ils durent aliéner des biens ruraux qui leur avaient été léguées à Avressieux (Savoie).
Ils ont assuré la vie religieuse des habitants du Pont-rive droite jusqu'à la Révolution de 1789.
Le dernier religieux a quitté le Pont de Beauvoisin en 1793 pour se réfugier en Italie, et l'église est devenue un grenier à grain, ce qui l'a sauvée de la destruction.

C'est NAPOLÉON BONAPARTE qui fit transformer l'église conventuelle des Carmes en église paroissiale le 4 août 1803, sous le vocable de Notre-Dame de l'Assomption.
Il avait traversé notre localité quatre fois et avait même tenu à descendre dans notre Hôtel-de-Ville, qui était la maison natale de son ministre de l'Intérieur, Emmanuel CRETET, signataire du Concordat de 1801.
Mais cette église que nous avons vu si méconnue et qui porte les marques de son histoire mouvementée Comment est-elle devenue Monument Historique par arrêté du 16 Octobre 1992 ?
Du temps des Carmes cette église, essentiellement de style gothique, était sobre à l'extérieur comme à l'intérieur. Elle mesure 47 mètres sur 18 mètres et 12 mètres de hauteur maximum sous les voûtes.
Nous croyons qu'elle n'a pas été faite d'un seul jet. La base du clocher et la vieille sacristie appartiennent sans doute à un édifice antérieur. On remarque ainsi:
        _ les deux plus vieilles fenêtres du clocher,
        _ les murs de 1,60 m d'épaisseur,
        _ le sens des fermetures sur la voûte de la sacristie,
        _ les anciens percements de la façade Sud se rattachant aux bâtiments conventuels aujourd'hui disparus..
Les pères Carmes étaient ennemis de toute peinture et décoration intérieures. Ce fut donc à partir de 1803 que les curés successifs firent réaliser les aménagements et décorations visibles encore aujourd'hui.

Le premier curé fut l'abbé BLAIN, du 10 août 1803 à 1820. Il fit placer les vitraux de la tribune, le tabernacle, les chandeliers du maître-autel, les tableaux des chapelles de la nef latérale. 
Nous savons que cet abbé BLAIN fut inhumé dans un caveau situé dans le choeur de l'église. Ouvert en 1931 par M. le curé BOLLON (en présence de M. Gabriel CHOLAT), un plan fut établi sur lequel il est noté: "Le corps étendu dans le cercueil est recouvert d'une chasuble, d'autres ornements sacerdotaux, et coiffé d'une barrette. Au bras gauche le  manipule. Chaussures basses avec boucles cuivre, le tout parfaitement conservé. Sur le coté gauche un amoncellement d'ossements assez important sur le dessus duquelon compte une huitaine de crânes."
Le caveau fut encore ouvert par M. l'Abbé BOLLON et M. Bernard MATRAS voisin de la cure, en 1938 et par le chanoine BERTHIER, également avec Bernard MATRAS, vers 1946-1947.

 

 

Le 2ème curé RAMEL (de mai 1820 à 1832) qui fut lefondateur du petit séminestre du Pont, a fait mettre les boiseries du Choeur, la chaire, les fonds baptismaux, les deux chapelles du Sacré Coeur et de la Sainte Vierge.
Le 3ème curé, l'Abbé FERROUD (1832-1855) fit placer les lustres, l'orgue en 1854 (qui fut détruit en 1908), le carrelage du choeur en pierre de St-Jean-de-Couz (1837) et surtout les magnifiques peintures murales et les médaillons de la voûte en 1843-1844.

 

 

Ces peintures (qui ont  une surface d'environ 2800 mètres carrés dont 1250 m2 en murs et 1550 m2 en voûtes), ont été réalisées en deux ans par les deux frères AVONDO, artistes-peintres originaires du village de Campertogno dans la vallée de la Séria, province du Piémont, élèves de l'Académie Royale des Beaux Arts de Turin. Celle-ci avait acheté au XIXème siècle des planches de dessins de Gaudenzio FERRARI, peintre lombard du XVème siècle de LEONARD de VINCI, et qui collabora avec RAPHAEL à Rome.
Les frères AVONDO avaient beaucoup travaillé sur ces modèles académiques qu'ils ont recopiés en partie dans certains tableaux de l'église du Pont. Par exemple "Le Christ à Gethsémani" dans le choeur est la copie conforme d'un tableau de FERRARI à Varallo dans la Valséria, et les frères AVONDO avaient peint ce même tableau dans leur église de Campertogno deux ans avant de réaliser celui du Pont.

Dans les autres tableaux du choeur au Pont, les peintresse sont amusés à faire quelques modifications de l'original,par exemple dans la "Nativité": à Varallo c'est Joseph qui a les mains croisées, et au Pont c'est la Vierge Marie.
Mais les frères AVONDO ne se contentaient pas de faire des copies. Les médaillons sous les voûtes, au Pont, paraissent être des peintures originales.
Le coût de cette décoration de l'église avait été supporté en partie par des dons importants dont celui du baron, PILLET-WILL, originaire de Montmélian (Savoie), banquier à Paris.

Le 4ème curé, l'abbé BURDET de 1855 à 1867, a commandé en 1858 aux ateliers DESBORDES à Lyon le vitrail de Notre-Dame de l'Assomption qui était en place en 1860.

Le 5ème curé, l'abbé TARDY de 1867 à 1873, installa le chemin de croix offert par la baronne de CROUSAZ CRETET (chemin de croix enlevé depuis).
Il y eut ensuite quatre curés jusqu'en 1946, date de l'arrivée du Chanoine BERTHIER qui, outre un gros travail de recherches historiques, réalisa à son tour d'importants travaux dans l'église et le presbytère :
        _ installation des orgues en 1951,
        _ éclairage (tubes néon suivant les voûtes, mais aujourd'hui usés),
        _ première sonorisation,
        _ première rénovation de la salle capitulaire, avec le souci de garder au maximum le souvenir des Carmes
        _ électrification des cloches,
        _ chauffage en 1948 (note de l'abbé BERTHIER : "dépense 500.000 frs qu'on a payés comme on a pu."

Nous avons parlé longuement de l'histoire de notre église, de ses aménagements et décorations.
Mais est-elle seulement un beau monument ? Presque un musée ?
Elle est d'abord pour les croyants "la maison de Dieu", un lieu de prière et de rassemblement, surtout pour les paroissiens et  ceux  qui cherchent quelque chose de l'Esprit.
Ceux qui viennent en particulier, ou en communauté au cours des célébrations liturgiques (enfants, jeunes, adultes, personnes âgées) savent que cette église est vivante.
Mais ceux qui ont regardé et admiré son architecture et sa décoration peuvent penser que ces personnages de l'Ancien et du  Nouveau Testament, dans leur représentation datée d'une époque ou d'une tradition, ne sont pas seulement des oeuvres d'art mais aussi des personnages historiques (pour la plupart) dont la vie plus ou moins facile peut nous être un exemple et un encouragement.